Si je m'efforce de naître chaque matin, femme et artiste,
c'est qu'un feu ne cesse de jaillir en moi. Illuminant jusqu'à la zone caverneuse de ma tête, il dore sensiblement mon univers dans l'espace-temps, aussi réduit qu'illimité, d'un autoportrait.
Les lieux de mon microcosme sont, chaque fois, différents. Colorés, lisses ou ambrés, mats ou graisseux sous le vernis...En aplat ou lacérés, tout ce qu'ils contiennent n'est que lumière.
Et toutes choses, en lui, veut parvenir à la surface. Mais la peau sur le support est pesante.
Tatouée, maquillée ou scarifiée, elle contribue à enfoncer lourdement le corps dans l'image.
Existe-t-il une surface plus profonde que celle d'un visage? Celle du regard qui vous projette hors de soi, "hors de cette tête qui ne s'est jamais vu autrement qu'à travers un miroir et faisant face à l'inconnu?"
L'épreuve inévitable du vis-à-vis est un arrangement d'images agencées entre elles. Ces portraits, résultant d'une suite de confrontations successives, me dépeignent, dans l'ensemble, sous des formes isolées de portraits imagés.
Ce que nous croyons voir, en un sens, s'échappe de l'autre côté d'une face tournée vers l'intérieur.
REF: Le Regard du Portrait, Jean-Luc Nancy